Publié par Noan Benito Vega

L’année 1802 est, pour Ludwig, une année de crise et qui marque un vrai grand tournant dans sa vie. À la veille d’écrire sa première symphonie, il prend conscience du fait que la perte de son audition est définitive et va inéluctablement se détériorer. Conscient, aussi, que cette infirmité lui interdirait tôt ou tard de se produire comme pianiste et peut-être même de composer, il songe dans un premier temps au suicide, mais se ravise. Il choisit plutôt d’exprimer sa tristesse dans une lettre qui est restée sous le nom de « Testament de Heiligenstadt », ville où il s’est installé, qui ne fut jamais envoyée et qui fut retrouvée seulement après sa mort.

 

Avant 1802, les sources indiquent qu’il lui arrive de recouvrer l’ouïe pour quelque temps, mais cela ne dure jamais. Désespéré par l'aggravation de sa maladie, il essaie tous les traitements offerts à l’époque, et ce, sans aucun résultat. On pense qu’il « entend » la musique en ressentant ses vibrations. Ludwig compose ainsi dans son intérieur, une musique en devenir. Une partition s’engendrant du dedans. Un langage avant le langage, qui se caractérise alors par un ton fort et héroïque, évident dans la symphonie N°3 en mi-bémol majeur opus 55, dite « l’Héroïque » dédié non à un noble mécène, mais à Napoléon Bonaparte, dans la N°5 en do mineur opus 67, où l’atmosphère sombre du premier mouvement en tonalité mineur – idée du destin qui frappe à la porte - laisse place à un final triomphant, où un piccolo, des trombones et des percussions ont été ajoutés à l’orchestre ; on rencontre également ce ton héroïque dans son opéra Fidelio. Fidelio, dont la première est un échec, a été corrigé deux fois par Ludwig et par ses librettistes et rencontre un succès dans sa dernière écriture en 1814.

En janvier 1803, il est nommé compositeur au théâtre An der Wien, où il obtient un logement de fonction qu'il habite avec son frère Carl, devenu alors son secrétaire. Il quitte ce logement, en 1804, à la fin de son contrat et partage alors un appartement avec Stephan von Breuning, autre ami d’enfance, qu'il quitte après une dispute. Fin août, il est de nouveau engagé par le théâtre An der Wien, mais sans la garantie d’un poste permanent.

Le 25 mai 1806, son frère Kaspar, ce mari et démissionne de ses fonctions de secrétaire. En 1807, Ludwig tire de bons bénéfices de la vente de plusieurs partitions et son frère Johann assure désormais son secrétariat en remplacement de Kaspar. La seconde partie de vie, se situe entre 1812 et 1827, date de sa mort. De cette période, sortiront des œuvres puissantes et expansives, notamment la symphonie N° 6 en fa majeur opus 68 dite « la Pastorale », la N° 7 en la majeur opus 92 dite « la Danse » et la N° 8 en fa majeur opus 93, mais aussi les concertos pour piano N° 4 en sol majeur opus 58, le noble et brillant concerto pour piano N° 5 en mi-bémol majeur opus 73, le concerto pour violon et orchestre en ré majeur opus 61 ainsi que d’autres œuvres de musique de chambre et sonates pour piano telles que la « Waldstein » N°21 en do majeur et « l’Appassionata » N°23 en fa majeur.

Sa carrière de pianiste s’achève en 1808 après le concert du 22 décembre, au Théâtre An der Wien. Ce concert hors normes de quatre heures est dirigé en personne par Ludwig qui assure aussi la partie pianistique. Ce soir-là, fut joué, en première audition, la cinquième et la sixième symphonie, le quatrième concerto pour piano, la fantaisie chorale pour piano, chœurs et orchestre et deux hymnes de la Messe en do majeur, deuxième œuvre liturgique de Ludwig, six ans après l’oratorio « Le Christ au Mont des Oliviers ». Ce concert ne fut pas une réussite, loin s’en faut, et ce, malgré tous les efforts fournis par Ludwig pour le mettre en œuvre. Deux raisons a cela : la première, le froid qui régnait dans la salle, au point que la soprano tremblait en chantant ; quant aux spectateurs, ils avaient gardé leurs manteaux et faisaient des va-et-vient permanents pour se réchauffer. La seconde, le manque de répétitions avec l’orchestre du Théâtre An Der Wien, liées notamment à des désaccords permanents entre le compositeur et une partie des musiciens ; Ludwig, mécontent, alla même jusqu’à interrompre la fantaisie chorale pour la reprendre au début.

Après la mort d'Haydn en mai 1809, il est établi dans l’inconscient collectif comme étant le plus grand compositeur de tous les temps ou du moins… Du moment. Durant cette période, Ludwig atteint à la fois le respect de ses pairs et la reconnaissance du public et il ne se trouve guère de monde pour contester sa place de leader dans le panthéon des musiciens. Avec des revenus de l’ordre de quatre mille florins annuels, Ludwig est certainement le premier compositeur indépendant de toute l’histoire de la musique.

En 1814, un dernier concert de charité est donné. Il dirige les répétitions et assure la partie pianistique. Ce concert sera un véritable fiasco compte tenu de son infirmité, car à partir de 1815, sa surdité est totale. Commence alors la solitude… Il se contraint à l’isolement par peur de devoir assumer cette terrible vérité en public. Ludwig gagne, dès lors, une réputation de misanthrope et d’homme apathique dont il souffrira jusqu’à la fin de sa vie. C’est aussi à partir de cette date, qu’il communique par l'intermédiaire de carnets, ses fameux carnets de conversations, dont 130 subsistent encore à ce jour sur les 400 utilisés par Ludwig. Avec la solitude, arrive la dépression : il commence à se négliger, se contentant de verser des bassines d’eau sur la tête au lieu de faire sa toilette, passant son temps à griffonner frénétiquement des pensées, des notes de musique, des harmonies bizarres ou jamais vues, lors de ses promenades quotidiennes, les gens le prennent pour un vagabond. Chez lui, s’entassent des piles de manuscrits que personne ne peut lire ou toucher. Il possède plusieurs pianos, dont les pieds ont été coupés, et ce, pour lui permettre d’en ressentir les vibrations. Il travaille souvent en sous-vêtements et ignore ses amis qui lui rendent visite pendant qu’il est occupé à composer.

Alors que sa situation matérielle devient de plus en plus préoccupante, Ludwig tombe gravement malade entre 1816 et 1817 et semble une nouvelle fois proche du suicide. Pourtant, sa force morale et sa volonté reprennent leurs droits. Il se tourne vers l'introspection et la spiritualité, pressentant l'importance de ce qu'il lui reste à écrire pour « les temps à venir », il trouve la force de surmonter ces épreuves pour entamer une dernière période créatrice qui lui apportera probablement ses plus grandes révélations. Du fait de la maladie, en 1819, il est relativement peu productif et on ne compte que sept sonates pour piano à son répertoire, durant cette période dite « tardive », parmi lesquelles la turbulente sonate N°29 en si bémol majeur opus 106 dite, « Hammerklavier », avec son écriture dynamique, sa fugue discordante et rébarbative, la sonate N°31 en la bémol majeur opus 110. Cette même année, Ludwig perd la tutelle de son neveu Karl obtenu quelques années plus tôt. C'est un de ses amis, Matthias von Tuscher, qui est chargé de la tutelle de Karl. En septembre Johanna, la belle-sœur de Ludwig, a de nouveau la tutelle de son fils. Pour récupérer son neveu, il entame toutes sortes de procédures qui sont toutes rejetées. En avril 1820, après bien des efforts et avec l'aide de Karl Peters, alors conseiller aulique, il obtient la tutelle définitive de son neveu.

En 1823, Ludwig termine la « Missa Solemnis », prévue pour l'intronisation de l'archiduc Rodolphe nommé archevêque d'Ölmutz, en Tchécoslovaquie. Ludwig considère sa « Missa Solemnis » comme « sa meilleure œuvre, son plus grand ouvrage ». Il s'agit de sa troisième œuvre vocale à caractère sacré. Cette pièce gigantesque, s’inscrit directement dans la tradition oratoire allemande. Elle est donnée, pour la première fois, le 7 avril 1824 à Saint-Pétersbourg. Elle est la commande initiale qui débouche aussi sur la symphonie chorale et qui émane de la Société Philharmonique de Londres. La même année, sa grande symphonie chorale en ré mineur opus 125, dans laquelle la longue variation finale est une mise en musique pour solistes et chœurs de « l’ode à la joie » de Schiller, est créée à Vienne. C’est un succès immédiat.

À partir de 1826, il se consacre à l’écriture d’un ensemble de quatuors à cordes. En novembre 1826, après un séjour chez son frère, Ludwig contracte une pneumonie. Vers la fin de l’après-midi du 26 mars 1827, le ciel s’assombrit. Tout à coup, un éclair illumine la chambre de Ludwig, aussitôt suivi d’un énorme coup de tonnerre. Il ouvre les yeux, se redresse en brandissant le poing vers le ciel, puis s’effondre. « Au Ciel, j’entendrai ! » Furent ses dernières paroles… Il meurt à l’âge de 57 ans. Le 29 mars 1827, pas moins de vingt mille personnes assistent à ses obsèques, formant une véritable haie d’honneur le long du parcours. Devenu une personnalité publique comme aucun autre compositeur ne l’a été avant lui, Ludwig Van Beethoven n’a jamais été un pourvoyeur de musique pour la noblesse contrairement à ses prédécesseurs. Vivre dans son époque, tel a été sa devise, époque qu’il a contribué à créer où l’artiste devient alors propriété de l’humanité dans son ensemble.

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