Publié par Noan Benito Vega

J’ai découvert ce concerto j’avais tout juste 20 ans. Je me souviens qu’à l’époque, j’étais obsédé par les concertos pour piano et orchestre de Beethoven, de Mozart et par les concertos pour violon de Vivaldi. Aussi, cette première écoute ne m’aura pas vraiment marqué. Trop contemporain me disais-je…

 

Rachmaninov était un compositeur moderne qui était hors de mon temps. J’étais jeune et je n’étais pas encore en mesure d'apprécier les sonorités des compositeurs contemporains comme Ravel, Glazounov, Chostakovitch qui ne faisaient que de la musique inécoutable, Rachmaninov inclus. C’est bien plus tard, 10 ans plus tard exactement que je vais m’intéresser à Sergueï Rachmaninov et à ses contemporains. C’’était ma petite parenthèse personnelle. Allez chers lecteurs, revenons à ce concerto pour piano et orchestre N°3 en ré mineur, opus 30.

Le troisième concerto est l'une des œuvres les plus célèbres et les plus interprétées du compositeur. Réputé pour ses exigences à la fois techniques et musicales, il a la réputation d'être l'un des concertos les plus difficiles à exécuter du répertoire classique et est considéré comme l’une des œuvres majeures du répertoire de Sergueï Rachmaninov. Ce dernier en terminera l’écriture en septembre 1909, deux mois avant sa création originale et sera dédié à Josef Hoffmann, considéré par le compositeur comme le plus grand pianiste de tous les temps. Pourtant, Hoffmann ne le jouera jamais, jugeant l’œuvre trop colossale et surtout trop excessive. Début 1909, en raison d’une intense activité de concertiste, Rachmaninov n’aura pas le temps de travailler et de répéter le troisième concerto en Russie. C’est donc lors de son voyage pour les États-Unis qu’il en peaufinera la partition et qui la répétera sur le piano qui se trouve à bord du navire américain.

 

Créé à New-York le 28 novembre 1909 sous la direction de Walter Damrosch, le troisième concerto connaît un succès public immédiat. Beaucoup de chroniqueurs de l’époque rapportent que Rachmaninov terminera le concerto les doigts en feu, incapable de jouer le bis repetita que le public lui réclame. Mais la presse se montre aussi très réservée, insistant notamment sur les « longueurs » de l’œuvre. Le troisième concerto marquera surtout le début d’une longue guerre froide entre le compositeur et les critiques des grands quotidiens américains.

 

L’un d’eux, accueillant sans enthousiasme l’apparition de ce nouveau concerto, concerto qui selon lui, « ne peut être qualifié de beau », écrit : « Qui connaît le travail de Rachmaninov, qui est habitué à sa manière d’interpréter la mélodie, retrouvera immédiatement toutes les caractéristiques familières du travail de Rachmaninov lors du troisième concerto et sera heureux de constater que le talent du compositeur est aussi frais et clair qu'il l’a été, et ce, dans le pire de Rachmaninov. ».

 

Pour le compositeur, le sommet restera sans aucun doute son interprétation dirigée sous la baguette de Gustav Mahler, le 16 janvier 1910 au Carnegie Hall de New York. L’autorité musicale de Mahler, sa clairvoyance et le soin qu’il apporta aux répétitions, produisirent chez Rachmaninov une impression considérable et un souvenir inoubliable. La première Russe, supposé se tenir en février 1910 à Saint-Pétersbourg, lors de l'un des concerts de souscription d'Alexander Siloti n’aura pas lieu, les parties orchestrales n’ayant pas été livrées à temps par les États-Unis. En conséquence, ce jour-là, Rachmaninov interprétera le deuxième concerto à la place du troisième et le public russe découvrira le troisième concerto dès le mois d’avril 1910.

Depuis plus de huit décennies, le troisième concerto est intégré dans le répertoire de nombreux pianistes internationaux. Citons notamment Vladimir Horowitz, Byron Janis, Sviatoslav Richter, Alicia de Larrocha (première interprète féminine en 1974), Martha Argerich, le tout jeune pianiste australien David Helfgott qui l’interpréta au Royal Collège of Music de Londres et remporta le prix Dannreuther pour la meilleure interprétation du concerto (lire l’article sur le film Shine) ou encore Boris Giltburg, Lauréat du concours Reine Élisabeth 2013, pour sa magistrale interprétation de l’œuvre.

 

Aussi, loin de moi l’idée de vous dresser une liste exhaustive des enregistrements du concerto N°3, car il en existe près de cent cinquante. Je vous en propose une vingtaine, tous très intéressants sur le ruban discographique en haut de cet article et à télécharger au format mp3 chez mon partenaire. Par ailleurs, je vous ai fait une petite sélection de mes enregistrements favoris.

 

Je ne pouvais pas commencer cette recommandation autrement qu’en vous présentant l’enregistrement de Martha Argerich et son interprétation live Berlin de 1982. Oui, oui, je sais… Les puristes de Rachmaninov diront que ce n’est pas le meilleur enregistrement, mais je le place en tête, car c’est avant tout un « live » ou un « enregistrement public » pour les lecteurs de Télérama. Ce sont mes enregistrements favoris quelle que soit la forme musicale ou l’artiste d’ailleurs. Avec cette évocation des enregistrements publics, la transition est toute trouvée pour vous parler, en préambule, de la prise de son de cet enregistrement qui semble diviser la communauté des amateurs de Rachmaninov.

 

Lors de mes recherches, j’ai pu constater que certains d’entre eux trouvaient le son de cet album pas terrible ou médiocre, ce qui serait dû, selon leurs dires, aux bruits de salle un peu trop présents. Pour ma part, je fais partie, pour l’avoir beaucoup écouté, de ceux qui pensent que la prise de son est d’excellente qualité avec du bruit de salle, certes, mais juste ce qu’il faut pour s’immerger totalement dans l'œuvre lors de l’écoute et se téléporter dans la salle en fermant les yeux. Le son n’est, par ailleurs, ni étriqué, ni étouffé, mais plutôt mat… Je dirais que cet enregistrement est à écouter sur des bonnes enceintes Cabasse.

 

Il va sans dire que cette version, humblement titrée « The best of Rach 3 », a du caractère grâce, notamment, au charisme de la soliste. Martha Argerich, est tout simplement extraordinaire même si on peut parfois lui reprocher quelques changements de tempo un peu brusques et des mélodies qui ne sont pas toujours aussi caressantes qu'elles le devraient ce qui est, je le concède, un peu déroutant. Mais qu’importe, c’est du grand Martha !

 

L’interprétation est à la fois vigoureuse et brillante, cela même si Riccardo Chailly, qui dirige l’orchestre radiophonique de Berlin, n'est pas reconnu comme un grand spécialiste de Rachmaninov. Malgré une sortie un peu précipitée et un marketing un peu vulgaire, mais très efficace, cette version, élue diapason d’or, est la version qu’on se doit de posséder dans sa discothèque que l’on soit « Rach » ou Rachmaninov.

 

Qui mieux que ce dernier pour nous révéler la vérité de son œuvre ? Et si cela n'est pas toujours vrai, il faut bien le dire, dans le cas de Rachmaninov, redoutable pianiste s'il en fut, on ne peut avoir aucun doute surtout quand il a pour acolyte le grand Eugène Ormandy et son incroyable orchestre de Philadelphie.

 

L’essor de l’enregistrement discographique au XXe siècle a permis à bon nombre de compositeurs contemporains, de graver pour la postérité les œuvres majeures de leurs répertoires. Ce qui est très intéressant avec les enregistrements historiques réalisés entre 1939 et 1940 et réédités par Naxos, c’est qu’ils nous permettent d’accéder directement à l’état mental de Rachmaninov. À celui du compositeur d’abord, mais aussi à l’extraordinaire interprète qu’il était. Rachmaninov, avec cette version, nous livre les clefs à la fois émotionnelles et musicales pour mieux appréhender la vision de son œuvre. Concernant la prise de son ? Pas d’inquiétude… Le repiquage Naxos est de bonne qualité, nous offrant d'une manière naturelle les timbres du piano et les belles sonorités d'une grande formation orchestrale américaine.

 

Américaine est aussi la nationalité de Byron Janis, autre interprète qui nous fait vibrer d’émotions avec l’enregistrement Mercury réalisé en 1961. Bon… Les connaisseurs savent qu’à quelques secondes près, cette version présente un timing proche de l'enregistrement de 1957 avec Munch et l’orchestre symphonique de Boston. C’est dire si l'interprétation de Janis était arrivée à maturité.

 

Janis, pur produit de l’école américaine, est un pianiste virtuose à la sonorité brillante. Il est à la fois capable de jouer avec une grande force et une grande vivacité. Suivi par l'énergique Antal Dorati et l’orchestre philharmonique de Moscou, il nous livre une version tout aussi bonne que celle de Boston. Cependant, si l’on n'écoute pas cet enregistrement avec la tête entre les deux mains, on n'en est pas moins enthousiasmé par un jeu romantique à souhait, mais aussi déçu par une dynamique musicale, parfois brutale.

 

Enfin, qui dit Rachmaninov dit aussi Russie et il était impensable de conclure cette recommandation discographique sans vous parler de l’enregistrement légendaire de Vladimir Ashkenazy, pianiste virtuose russe par excellence, enregistrement datant de 1963 et édité chez Decca Legend. Enregistré alors qu’il est âgé de 26 ans et émoussé par une Union soviétique qui étouffait sa personnalité artistique, Vladimir Ashkenazy, avec cet enregistrement, démontre déjà les traits caractéristiques de son approche dans Rachmaninov. Il quittera définitivement la Russie dès la fin de cet enregistrement pour s’installer d’abord à Londres, puis en Islande dont il prendra la nationalité et enfin à Meggen en suisse.

 

Vladimir Ashkenazy nous offre ici une interprétation sans effets ostentatoires, avec des tempi réguliers et qui ne sont pas trop pressés. On sent surtout le musicien soucieux d'exprimer toute la poésie voulue par le compositeur, sans chercher à démontrer sa virtuosité ou sa puissance de jeu ce qui met parfaitement en évidence le brillant de ce qui est, après tout, un des plus brillants et difficile concerto du répertoire.

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